Une enseignante inspirante qui ose faire différemment dans son milieu est sans aucun doute Julie Chandonnet. Venez découvrir son #portraitsdeheros!

Lors de mon entrée sur Twitter, j’ai croisé plusieurs pédagogues branchées et très inspirants. Julie Chandonnet fait partie de ces gens. Le l’ai connue un peu plus encore lors du USPPP de l’AQOPS en 2015 si je me souviens bien. Toujours souriante, Julie est une de ces enseignantes impliquées dans la Twittosphère de l’éducation qui ose.

Elle a cocréé des projets collaboratifs qui rejoignent des classes de toutes la francophonie et est facilitatrice des discussions pédagogiques #EduProf. Elle a mis les notes de côté dans son enseignement et est, pour moi, une des preuves qu’il est possible de faire autrement dans nos classes. J’aurais tant aimé la connaître alors que j’enseignais encore!

Qui êtes-vous? Quel est votre parcours? Quelles sont vos occupations du moment?

Contrairement à plusieurs de mes collègues, je n’ai pas toujours voulu être enseignante. Je n’ai jamais joué à faire l’école avec mes poupées, jamais préparé d’exercices pour des plus petits et j’ai même déjà dit : « Je ne serai jamais prof». Mais il ne faut jamais dire jamais…

Au CÉGEP, j’étais donc inscrite en sciences pures, car je me destinais au domaine de la santé. La physiothérapie pour être plus précise, ce qui m’aurait été bien utile avec deux patineuses artistiques souvent blessées à la maison. Mon programme d’étude m’a permis d’avoir un emploi avec le Club des Petits Débrouillards où j’animais des activités scientifiques avec des enfants d’âge primaire. C’est là que je me suis rendu compte que j’aimais enseigner. Ce n’est pas le fait de transmettre des connaissances que j’aimais, mais ce que je voyais dans les yeux d’un enfant qui venait de découvrir quelque chose par lui-même, qui venait d’apprendre. Du jour au lendemain, en plein milieu de session, en plein milieu d’un cours de physique électrique, j’ai abandonné les sciences et j’ai pris la voie qui me mènerait à l’enseignement.  

Je suis maintenant titulaire, d’une classe de 6e année à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier dans une école où cohabitent le 3e cycle du primaire et le 1er cycle du secondaire. J’enseigne dans un programme d’anglais intensif où j’assure la partie académique français-math. Ça fait plus de dix ans que je dois faire mieux en moins de temps, que je dois faire différemment pour permettre aux élèves d’arriver prêts pour le secondaire. C’est un bon défi, mais c’est possible de la relever avec beaucoup de créativité, de la bonne volonté et le désir de sans cesse se renouveler.

Au fur et à mesure que j’ai pris de l’assurance et de l’expérience, j’ai mis cahiers et manuels de côté pour faire plus de place aux projets. J’ai diminué la quantité d’examens traditionnels, qui grugent trop de temps de classe, et j’ai varié mes outils d’évaluations. J’ai même choisi de ne plus donner de résultats chiffrés à mes élèves préférant leur offrir de la rétroaction précise sur l’état réel de leurs apprentissages et des défis qui leur restent à relever. Au fil des années, la technologie a pris sa place, mais pas toute la place, dans ma classe pour permettre aux élèves de créer, de communiquer et d’apprendre différemment.

Je dois avouer que mes pratiques en professionnelles ont aussi été influencées par ma vie familiale. Quand j’ai eu à gérer devoirs et leçons (et parfois conflits… oui, oui, être enseignante n’est pas garant de périodes de devoirs harmonieuses), je me suis questionné sur la plus-value de donner des devoirs à mes élèves. Inspirée par l’expérience de mon amie Julie Chamberland (avec qui on me confond souvent ! Quel honneur !) j’ai décidé de ne plus donner de travaux pour la maison et de réserver quelques minutes en classe chaque matin pour l’étude.

Parlons Éducation. Quelle est votre vision de l’éducation présentement?

Un proverbe africain dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant. Maintenant, avec les technologies qui sont de plus en plus accessibles dans nos milieux, on est à même de mettre toute la planète à contribution. Les projets collaboratifs se multiplient, les occasions de faire travailler nos élèves avec des élèves d’ailleurs ou même avec des experts viennent enrichir les expériences éducatives que l’on peut offrir en classe. Ma vision est donc ouverte sur le monde, sur les projets, sur les collaborations. Les portes et les murs de nos écoles n’ont plus leur raison d’être… à moins qu’il fasse -300C !

Maintenant, avec les technologies qui sont de plus en plus accessibles dans nos milieux, on est à même de mettre toute la planète à contribution.

Julie Chandonnet

On change donc de plus en plus nos méthodes d’enseignement pour mieux s’adapter aux besoins présents et futurs de nos élèves. Les changements se font lentement, mais ils se font et c’est plutôt beau à voir. C’est une période stimulante pour être enseignant ! Mais ces changements doivent maintenant se refléter dans l’évaluation. S’il y a plusieurs façons d’apprendre, il devrait y avoir plusieurs façons de pouvoir démontrer ce qu’on a appris. L’examen papier-crayon avec une note en pourcentage c’est pratique, mais on peut faire tellement mieux si on veut offrir un réel soutien à l’apprentissage. L’élève a besoin de rétroactions précises sur ses défis et ses réussites. Il a besoin de trucs beaucoup plus que de se faire rappeler qu’il est en difficulté. L’évaluation est un dossier qui me tient vraiment à cœur, je pourrais en parler pendant des heures.

Comment êtes-vous venue à développer cette vision?

On a tous ce moment, ce point de départ qui a changé notre façon de voir l’enseignement. Pour ma part, tout a commencé en novembre 2012 quand je me suis inscrite sur Twitter. Je dois avouer que ce qui a motivé mon inscription à ce moment c’était mon désir d’avoir des nouvelles du Rouge et Or Football qui participait à la demi-finale canadienne à l’extérieur de Québec et surtout hors des ondes télévisuelles. Mais ça, c’est une autre histoire. Je me suis rapidement rendu compte que ce réseau regroupait de nombreux éducateurs innovants qui partageaient au quotidien leurs expériences de classe. Au départ, j’observais les conversations et je me suis faite prendre au jeu.

Puis les interactions derrière les écrans n’ont plus suffi, j’ai commencé à prendre part à différents événements autour de la pédagogie comme participante, puis comme animatrice. J’osais prendre ma place. Ces événements m’ont permis de rencontrer en vrai les gens que j’admirais depuis longtemps. Après avoir marché ma classe, je marchais dans mon fil Twitter. J’allais à la rencontre de personne que j’admirais, ces «rockstars» de l’éducation. Audrey Miller disait récemment :

« Soyons fan les uns des autres ».

Audrey Miller

Je ne pourrai jamais rien dire de plus vrai. On a tant à apprendre les uns des autres. Ce sont donc toutes ces personnes merveilleuses, qui ont croisé mon chemin au fil des années, qui m’ont aidé à former mon identité professionnelle. Elle font partie de mon arbre généalogique pédagogique comme l’a si bien illustré Maude Lamoureux. Et ce qui est beau avec un arbre, c’est qu’il y a sans cesse de nouvelles feuilles qui y poussent.

Ma vision de l’éducation est donc une vision construite autour de discussions animées et passionnantes. C’est une vision en pleine évolution qui se peaufine au fil de rencontres avec des gens passionnés par l’éducation. La liste de tous les éducateurs qui m’ont fait réfléchir serait beaucoup plus longue que cet article, mais je ne peux passer sous silence deux personnes : Brigitte Léonard qui a été la première à me donner le goût des projets collaboratifs et du partage de pratiques par ce qu’elle publiait sur les réseaux et Brian Sweeney (ne le cherchez pas sur les réseaux il n’y est pas) qui m’a fait comprendre il y a longtemps l’importance d’avoir du plaisir avec les élèves et de sortir du cadre établi par le système pour favoriser les apprentissages.

Ma vision de l’éducation a aussi été influencée par les livres de la série «Hacking Learning» de l’américain Mark Barnes ainsi que ceux de la série «Teach like a PIRATE» de Dave Burgess. Ces deux séries de livres présentent de nombreux trucs simples pour améliorer l’engagement des élèves en classe et pour favoriser la collaboration entre les élèves et même entre les différents intervenants d’une école.

Par quels moyens ou réalisations tentez-vous d’inspirer les gens à voir l’Éducation autrement?

Que ce soit par l’animation d’ateliers, de billets de blogue ou de simples tweets, je tente de partager mes découvertes ainsi que les hauts et les bas (car oui, des bas il y en a) de ma vie de prof. C’est aussi avec les projets collaboratifs que j’ai mis sur pied en collaboration avec d’autres enseignantes que je tente d’inspirer les gens à faire autrement. Avec AnimeHistoire (collaboration Karine Riley), le calendrier de l’avent sur Twitter #défiMulti (collaboration Catherine Lapointe) ou mon projet chouchou #PixelTag (collaboration Catherine Lapointe) j’espère donner le goût aux enseignants d’ouvrir leur classe et de permettre aux élèves d’apprendre en s’amusant.

J’ai également eu la chance de développer des jeux d’évasion à saveur pédagogique avec Julie Chamberland puis Julie Thivierge… oui, je sais, ça fait beaucoup de Julie. Nous animons quelque fois par année des journées thématiques (AQUOPS, CréaCamp) autour de cette activité si riche en apprentissages tant pour les élèves que les enseignants.

Finalement, toujours avec Catherine, je coordonne les causeries pédagogiques #EduProf qui offrent aux enseignants de se réseauter et de partager leurs idées autour d’un sujet.

Évidemment, ce que je préfère, ce sont les vraies rencontres avec les gens. Alors, si on se croise quelque part, n’hésitez pas à venir jaser et on fera évoluer ensemble notre vision de l’éducation.

Lisez Julie Chandonnet sur son blogue ou gazouillez avec elle @chandonnetJulie ou avec ses élèves @6eJooly sur Twitter.

À propos de l'auteur

Julie R-Bordeleau

Apprenante à vie, je suis une ex-enseignante, maman à la maison de 4 garçons et pigiste en éducation. Ma passion: apprendre de tout, de toutes les façons que ce soit individuellement ou en famille!

Via Apprendre, j'aide les enseignants et les éducateurs à découvrir les milles et une façons et ressources qui favorisent les apprentissages.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :