« J’ai une vision évolutive de ce qu’est l’éducation. Je crois qu’avoir une vision unique et dogmatique, aussi bonne puisse-t-elle être, est un réel problème. C’est justement là où les choses doivent changer : on a eu la même vision de l’éducation pendant quelques siècles et on se cantonne souvent encore dans certains de ses legs. » – Marc-André Girard

Pour débuter 2019 en force, j’ai lancé un appel en décembre dernier aux gens qui m’inspirent le plus en ce qui concerne l’éducation au sens large. Parmi ceux-ci figurent des parents, des enseignants, des conseillers pédagogiques et même des membres de direction d’école. Ces gens, je les ai découvert surtout grâce aux réseaux sociaux (Twitter et Facebook plus particulièrement) et ils m’ont permis de me revoir totalement ma vision des choses par rapport à l’éducation, l’école et surtout, le plus important, l’apprentissage. Plusieurs ont été emballés par l’idée et je suis heureuse d’annoncer que l’édition 2019 des Portraits de héros sera très inspirante!

J’ai la chance de lancer le bal avec un homme que j’estime beaucoup: Marc-André Girard. Avec générosité, il partage ses convictions, ses opinions, son expérience. Grâce à son livre Le changement en milieu scolaire québécois: mission possible, j’ai compris beaucoup de chose sur la situation du milieu de l’éducation québécois, les concepts de changement et de leadership du changement. Pour moi, Marc-André est de ceux qui osent dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Je lui laisse le soin de se présenter plus amplement, voici donc Marc-André Girard.

Qui êtes-vous? Quel est votre parcours? Quelles sont vos occupations du moment?

Je m’appelle Marc-André Girard. J’ai toujours voulu travailler en éducation. Dès 14 ans, j’ai commencé à entraîner des jeunes au basketball (ce que j’ai fait pendant les 25 années qui ont suivies !) et au volleyball. J’ai également donné des cours de plongée pendant quelques étés lorsque j’étais jeune enseignant. Bref, j’ai toujours eu beaucoup d’énergie et de désir à vivre une vie en éducation, et ce, autant dans un cadre scolaire qu’ailleurs.

Je suis enseignant de sciences humaines de formation et j’ai enseigné la géographie, l’histoire, le droit et l’économie au secondaire pendant six ans. J’ai fait le saut à la direction pendant ce temps en dirigeant les cours d’été pendant cinq étés, ce qui m’a donné le goût de faire le saut de façon permanente. J’ai ensuite été directeur de cinquième secondaire pendant sept ans avant de devenir directeur des services éducatifs. Aujourd’hui, je suis directeur du secondaire au Collège Beaubois, une école privée subventionnée dans l’Ouest de Montréal.

Je suis titulaire d’un baccalauréat en enseignement des sciences humaines (1999), d’une maîtrise en didactique de l’histoire (2001) et d’une maîtrise en gestion de l’éducation (2013). Aujourd’hui, depuis deux ans, je suis doctorant en éducation et je m’intéresse au développement des compétences du 21e siècle chez les enseignants. Dans le cadre de mes études, j’explore plusieurs aspects du travail d’un enseignant (et d’une direction d’école) : leadership, collaboration, mentalité de croissance, agentivité, approches pédagonumériques, épistémologie, philosophie et éthique en éducation, etc.

J’ai l’immense privilège de travailler avec des acteurs de choix en éducation sur divers dossiers. Notamment, je travaille avec la professeure Margarida Romero de l’Université de Nice avec qui j’ai parcouru une partie de la France pendant un mois et demi à la fin de l’automne 2017 pour partager divers domaines d’expertise que j’ai développé. Je suis retourné à Nice en novembre dernier avec des élèves pour présenter notre travail en intelligence artificielle et j’y retourne encore à la fin mars pour participer à la formation des futurs enseignants à l’Académie de Nice et pour participer au 10e Colloque Écritech. Je prévois prendre quelques jours de congé sur place pour aller visiter des écoles au Danemark et en Suède.

Ces opportunités sont une occasion de réinvestir ce que je découvre dans mon école, mais aussi de le partager à la communauté scolaire des écoles de la Francophonie grâce, entre autres à l’École branchée qui m’offre une tribune pour partager mes découvertes. En allant à la découverte de ce qui se fait dans les écoles d’autres pays, on sait apprécier ce que nous faisons ici, certes, mais également, on découvre des nouvelles façon de faire les choses. J’ai bien aimé mes visites d’écoles en Finlande et j’y ai rencontré un nouvel ami avec qui j’ai gardé contact et qui est même venu travailler avec nous pendant une semaine en février dernier à l’invitation de plusieurs écoles québécoises.

Je suis fier d’enrichir mon réseau international et national d’éducateurs hors-pairs qui m’incitent à devenir meilleur et plus compétent jour après jour. Parce que je sais que lorsque je deviens meilleur, je permets aux autres autour de moi de le devenir aussi et, cela a nécessairement une répercussion chez les élèves. Une école ouverte sur le monde offre des possibilités de réseautage de qualité à son personnel et, aussi, à ses élèves. On a tendance à l’oublier et à adopter le réflexe de se refermer sur sa propre réalité scolaire.

Parlons Éducation. Quelle est votre vision de l’éducation présentement?

J’ai une vision évolutive de ce qu’est l’éducation. Je crois qu’avoir une vision unique et dogmatique, aussi bonne puisse-t-elle être, est un réel problème. C’est justement là où les choses doivent changer : on a eu la même vision de l’éducation pendant quelques siècles et on se cantonne souvent encore dans certains de ses legs. Non pas que nos traditions scolaires, pédagogiques et didactiques sont toutes à jeter, au contraire, mais il faut remettre en question ce qu’on fait, ce qu’on connaît et notre place dans une organisation qui elle aussi doit se remettre en question ! Ouf, pas facile et peu rassurant, clairement, mais c’est là où le système d’éducation est rendu. Comme dans tellement de domaines de notre société en mutation permanente, l’éducation ne peut se soustraire ni au changement ni au rythme qui est dicté.

Cette vision évolutive de l’éducation s’explique aussi par le fait que j’apprends des choses importantes en lisant des auteurs issus de diverses époques avec des idées qui m’avaient, jusque là, échappées. Et, dans le cadre combiné de mes fonctions et de mes études, ce que j’apprends modèle mes interventions. Par exemple, ces dernières années j’ai découvert Pasi Sahlberg, Aurélien Barrau, Gert Biesta, Seth Godin, Sir Ken Robinson, Carol Dweck, Zigmunt Bauman, Peter Senge, Michael Fullan, Kenneth Leithwood, Bernard Bass, André Tricot, etc.

J’ai aussi pu redécouvrir les travaux de Nietzsche, Freud, Rousseau, Montaigne, Dewey, Kant et plusieurs autres. Avec ces lectures et les discussions qui suivent dans les cours, comment peut-on garder la même vision de l’éducation ? Comment puis-je ne pas moduler mes interventions et devenir un meilleur directeur ? C’est exactement la raison pour laquelle j’ai choisi d’entreprendre mes études doctorales : je voulais élargir mes horizons et mieux comprendre mes propres convictions pour les remettre en question. Je suis désormais un praticien réflexif !

Je voulais élargir mes horizons et mieux comprendre mes propres convictions pour les remettre en question. Je suis désormais un praticien réflexif !

Marc-André Girard

Pour répondre plus précisément à la question, pour moi, l’éducation est un outil d’émancipation humaine. L’ignorance est un mal qui nous guette tous et, au 21e siècle, avec toutes les décisions que nous aurons à prendre face à des enjeux, nouveaux ou récents, hérités ou récemment créés, il y a danger réel. Nous devons, plus que jamais, savoir plus, débattre davantage en faisant preuve de flexibilité intellectuelle pour établir des compromis. Nous devons également développer de nouvelles compétences pour faire face à ces nouvelles problématiques. Je sais, s’ouvrir plus dans ce contexte n’est pas très à la mode par les temps qui courent, alors que plusieurs pays et individus se replient sur eux. La tendance est bien plus à la polarisation qu’au compromis, mais quand même, je pense que ces pôles sont en fait deux solitudes qui s’ignorent !

Aujourd’hui, nous avons tous les outils pour éviter ces “confinements en solitaire”; il ne nous reste qu’à les exploiter. Avoir une opinion, c’est facile. En avoir une basée sur des recherches, des données probantes et des sources variées, c’est plus difficile. Plus difficile encore : avoir une opinion documentée en faisant abstraction, dans la mesure du possible, de ses propres biais et préconceptions. Donc, cet outil d’émancipation doit être développé dans une école ouverte sur le monde, sur la communauté et ses classes sont décloisonnées. Oui, une école qui serait, au sens figuré, sans toit, ni murs, où les élèves prendraient des décisions et feraient des choix et où les enseignants sont des guides et des accompagnateurs.

Ces enseignants sont des professionnels autonomes et ils exercent cette autonomie en toute transparence et ils font des choix éclairés en fonction des élèves qui sont sous leur responsabilité et ces choix sont faits au moment opportun. Plusieurs observateurs entretiennent malheureusement une vision manichéenne en éducation : telle approche est meilleure que telle autre. Oui, nous avons besoin de changement, mais il n’y a pas un besoin de rompre drastiquement avec une autre approche !

Depuis quelques années, par exemple, on dénigre l’approche directive et magistrale au profit d’une approche par projets ou même de la classe inversée. Il n’y a pas d’opposition à faire. Bien que je comprenne que l’esprit humain a besoin de simplifier et classifier les choses pour mieux les comprendre, il faut saisir que ce qui est souhaitable, c’est un heureux mélange de toutes ces approches qui sont choisies au bon moment par l’enseignant. C’est pour cette raison que je crains les mégadonnées en éducation, aussi appelées “big data” imposent des approches uniques (voir, entre autres, les fameux test PIRLS et PISA). Pasi Sahlberg propose plutôt les “minidonnées” ou “small data”, donc des données locales pour intervenir rapidement et de façon personnalisée, auprès d’un élève. Cela est difficilement quantifiable, certes, mais cette approche, plus humaine, se caractérise par sa bienveillance et son empathie.

Pour ma part, je fais confiance aux enseignants, mais je sais qu’une réelle autonomie est conditionnelle à une démarche de développement professionnel continu qui se traduit essentiellement par deux choses : des activités de formation continue diverses et fréquentes ainsi que l’établissement d’un réseau qui prend la forme d’une communauté d’apprentissage professionnelle.

Il faut du courage en enseignement et en éducation pour oser faire autrement.

Marc-André Girard

Enfin, je soutiens qu’il faut du courage en enseignement et en éducation pour oser faire autrement. Je m’emploie à soutenir ceux qui osent et qui ont l’audace de revoir leurs pratiques. Ce n’est pas facile et souvent. cela se fait envers et contre tous.

Par quels moyens ou réalisations tentez-vous d’inspirer les gens à voir l’Éducation autrement?

C’est difficile à dire. Je ne me vois pas comme un pèlerin qui prend son bourdon et qui avance d’un village à un autre pour prêcher la bonne nouvelle ! Cependant, je partage mes idées, mes trouvailles de diverses façons. En voici quelques exemples :

  • Je donne une bonne douzaine de conférences annuellement dans des congrès, des écoles et je suis parfois invité à travailler avec des équipes de travail dans les milieux.
  • J’écris régulièrement pour l’École branchée depuis quelques années. Je réalise des entrevues où je passe le micro à des personnes qui valent la peine d’être connus par les enseignants francophones !
  • J’avais un blogue, mais je ne l’entretiens plus et je l’ai désactivé par manque de temps !
  • Je suis auteur. Mon premier livre a été publié il y a environ cinq ans et  je publie actuellement une trilogie sur le développement des compétences du 21e siècle à l’école. En fait, j’ai rédigé moi-même le premier livre (disponible maintenant !), qui est suivi d’applications pédagogiques (disponibles en février 2019) pour le primaire (livre 2) et le secondaire (livre 3) où une vingtaine d’enseignants présentent leurs activités, dans lesquelles ils facilitent le développement de ces compétences. Je travaille déjà sur un autre projet de livre qui sera une collection d’essais sur l’éducation.
  • Je traduis des ressources également, pour qu’elles soient accessibles pour les enseignants francophones.
  • J’ai contribué au Manifeste pour une pédagogie renouvelée, active et contemporaine, rédigé il y a quelques années.
  • J’écris occasionnellement dans Le Devoir et La Presse. Je donne également des entrevues à divers médias de temps en temps.
  • Je collabore à des initiatives diverses.

Retrouvez Marc-André Girard sur Twitter: https://twitter.com/magirard

 

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À propos de l'auteur

Julie R-Bordeleau

Apprenante à vie, je suis une ex-enseignante, maman à la maison de 4 garçons et pigiste en éducation. Ma passion: apprendre de tout, de toutes les façons que ce soit individuellement ou en famille!

Via Apprendre, j'aide les enseignants et les éducateurs à découvrir les milles et une façons et ressources qui favorisent les apprentissages.

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