Pour Jean-Sébastien, la société doit avoir davantage confiance au potentiel humain des jeunes et s’assurer qu’ils soient en mesure de réfléchir sur leur impact. Il propose aux enseignants de réfléchir sur leurs pratiques sous une approche entrepreneuriale afin de mettre en valeur leur potentiel. Lisez-le partager son parcours.

La première fois que j’ai rencontré Jean-Sébastien, il m’a été présenté par un ami commun sur l’heure du dîner au REFER 2017, si ma mémoire est bonne. J’ai ensuite assisté à sa conférence sur l’approche communitaire entrepreneuriale consciente où il partageait ce qu’il faisait pour soutenir les enseignants à implanter cette approche dans leur classe ou à l’échelle de l’école.

À entendre le nom de cette approche, on (moi la première) n’est pas certain ce de quoi il est question à prime à bord. Ensuite, on est porté à penser à la mise en place d’un projet entrepreneurial, à la Petite journée des entrepreneurs, à la participation au Défi j’ose entreprendre, mais cela va bien au-delà de la création d’une entreprise dans un contexte éducatif! L’idée est d’aider le jeune à s’entreprendre lui-même.

Voici donc le portrait de Jean-Sébastien Reid, un gars game qui a su saisir les opportunités et évoluer vers la voie de l’entrepreneuriat.

Qui êtes-vous? Quel est votre parcours?

Mon parcours a toujours été proche de l’éducation. Entouré d’enseignants dans ma famille, le métier, je l’ai vu avec des yeux d’enfant comme participant à l’école, mais aussi par l’intermédiaire de ma mère qui a toujours été un modèle de professionnalisme et de rigueur pédagogique. J’ai en quelque sorte suivi sa trace, nous avons été un des rares tandems Mère-Fils de la table de direction du primaire que j’ai connu. Nous n’étions pas en charge de la même école, mais nous pouvions partager nos points de vue sans jugement et avec empathie l’un envers l’autre.  

Ma vie m’a toujours conduit à faire des choix qui m’ont amené à progresser d’un point à l’autre sans jamais revenir sur mes pas. Parfois les choix se font d’eux mêmes par une cascade de décisions qui nous guident vers une orientation, mais lorsque j’en ai pris conscience, ça ne faisait que confirmer mes décisions. Avec le recul, je crois que je pourrais dire que je suis un gars « game ». Plusieurs fois j’ai décidé de me lancer dans des défis inconnus : « Ça te tente-tu d’animer le gala méritas?  (Es-tu game?) », en secondaire 3 par exemple. 

Il y a trois grands thèmes dans ma vie personnelle qui ont été aussi des guides de ma vie professionnelle : le handball, Trois-Saumons et l’École. 

Le handball 

Pour moi c’est le sport qui m’a permis d’apprendre des valeurs comme le dépassement, le leadership, la rigueur, la résilience, l’esprit d’équipe. Dans le volet « athlète » de mon implication dans ce sport, j’ai appris également le sens de l’accueil, de l’inclusion.  

Pratiquant une discipline qui n’est pas un sport majeur, nous avons développé un esprit familial et inclusif, ce qui fait que tous ceux qui voulaient essayer le handball étaient les bienvenus. Au fil du temps, nous avons accueillis des jeunes qui, sans cette ouverture, n’auraient jamais fait de sport. Parfois, ils ont créé des surprises, dans d’autres cas, ce fut des expériences plus difficiles, mais jamais je n’ai senti le rejet par l’équipe.  

Encore aujourd’hui, je tente d’expliquer à mes filles qui pratiquent à leur tour cette discipline qu’il y a une différence entre un ami dans la vie et un coéquipier : un équipier, tu n’es pas obligé d’être son ami dans la vie, mais sur le terrain, il y a une solidarité qui va au-delà de l’amitié. On gagne et on perd en équipe, nous sommes interdépendants. Nous avons donc avantage à veiller à ce que tous les équipiers se sentent les bienvenus et accueillis pour le bien commun de l’équipe. 

Dans mon rôle d’entraîneur, bien entendu, j’ai poursuivi dans la même lignée idéologique d’inclusion. Encore aujourd’hui, je m’implique dans le développement de cette discipline avec les mêmes valeurs et la même philosophie.  

J’aurais voulu devenir physiothérapeute, mais l’éducation a pris le dessus grâce à mes implications comme entraîneur et ma vie dans les camps. 

Trois-Saumons 

Ma vie de camp a débuté comme campeur lorsque j’étais gamin, mais une fois au CEGEP, j’ai choisi de passer mes étés dans les camps de vacances. C’est une autre belle école de la vie. Ici encore, des situations se sont présentées sans que je ne les vois venir. Sans doute que des personnes au-dessus de moi voyaient des choses en moi que je ne voyais pas encore…  

On me confiait des « missions » que je remplissais à chaque fois : accueillir ton acolyte en même temps que tes campeurs, demander de ne pas prendre tes congés pour t’occuper d’une course de vélo, etc.  

À chaque année, on me confiait davantage de responsabilités : animateur, coordinateur, directeur adjoint. Toutes ces expériences ont été très formatrices. Elles m’ont permis de développer : 

  • Sens de l’organisation 
  • Débrouillardise 
  • Esprit d’équipe (encore) 
  • Accueil et écoute 
  • Sens des responsabilités 
  • Sens du service  
  • Solidarité, être ensemble pour une cause commune 

L’École 

J’ai toujours aimé l’école et j’étais assez bon dans plein de matières. Je me suis toujours considéré comme polyvalent et curieux. J’ai donc développé du plaisir à apprendre sur toutes sortes de sujets. Bien entendu, plus mes expériences scolaires étaient authentiques ou encore m’offraient des défis (complexité, compétitivité, etc.), plus j’aimais ça. Je ne voulais pas manquer ma chance de vivre quelque chose de motivant. J’étais encore le gars « game » d’essayer des choses. 

Mon parcours scolaire m’a fait passer par les sciences au CEGEP, mais c’est à ce moment que j’ai décidé de passer ma vie dans les écoles et d’aller en enseignement. D’abord en enseignement des mathématiques, pour rapidement me rendre compte que ce n’était pas assez diversifié. J’ai donc poursuivi en enseignement préscolaire et primaire. Un prof du primaire enseigne tout! Quel privilège! 

Après quelques années en enseignement au primaire, j’ai eu la chance d’être dégagé en partie pour participer à la naissance de la 1ère école communautaire entrepreneuriale. Avec une équipe de profs du tonnerre, nous avons mis en place un programme qui, encore aujourd’hui, n’a pas connu d’équivalent au Québec à mon avis. Par la suite je suis devenu directeur adjoint et un peu plus tard, directeur de cette école de feu! 

Maintenant mon travail est d’exporter ce savoir-faire en permettant au plus grand nombre d’écoles possible de vivre à échelle variable l’école communautaire entrepreneuriale. J’accompagne les enseignants, éducateurs et directions dans la mise en place de pratiques en éducation entrepreneuriale consciente au Canada, en Europe et en Afrique. 

Parlons Éducation. Quelle est votre vision de l’éducation présentement?  

Je pense que notre société ne fait pas assez confiance au potentiel humain des jeunes que nous avons dans nos salles de classe. On parle souvent de les préparer pour leur vie adulte, mais ils sont dans la vie déjà! Ils peuvent avoir une influence sur ce qui se passe autour d’eux, ils ont des idées et des ressources! Après tout, lorsqu’ils arrivent en maternelle, ils ont généralement au moins 5 ans d’expérience dans la vie. Un prof qui a 5 ans d’expérience commence à pouvoir dire qu’il n’est plus une recrue! 

Je pense que notre société ne fait pas assez confiance au potentiel humain des jeunes que nous avons dans nos salles de classe.

Jean-Sébastien Reid

Le développement global des jeunes doit devenir une priorité. Nous sommes à une époque où les connaissances sont accessibles rapidement et pas nécessairement par le biais du prof. Nous devons donc habiliter les jeunes à savoir quoi faire avec ce qu’ils savent! Rendre l’école authentique et en alliance avec sa communauté : ça prend tout un village pour éduquer un enfant! 

Comment êtes-vous venu à développer cette vision? Qui sont les gens ou les lectures qui vous ont inspiré?

Comme enseignant, on devrait toujours se donner le devoir de réfléchir sur nos actions, nos intentions et se demander si nous aurions eu du plaisir à être dans notre classe aujourd’hui. Les enseignants souhaitent souvent du tout inclus, du « clé en main ». C’est vrai que ça simplifie la vie des profs, mais souvent c’est du fast food pédagogique. Les jeunes doivent apprendre à réfléchir sur l’impact de leurs gestes et de leur choix sur eux, leur prochain, leur communauté. Cette conscience peut s’approcher de la métacognition, de l’approche réflexive, du processus d’enquête. Dans tous les cas, il s’agit d’apprendre aux jeunes à tirer profit de leurs expériences.  

NOUS DEVENONS LA SOMME DE NOS EXPÉRIENCES 

Je l’ai appris tout au long de mon propre parcours. Je ne serais pas qui je suis si je n’avais été « game » aussi souvent! Ma confiance, ma créativité, mon audace, mon courage, ma résilience, je les ai développés avec l’ensemble des expériences bonnes et moins bonnes que j’ai vécues. 

Même si je suis un compétiteur dans le fond de moi, je suis d’accord avec cette citation de Nelson Mandela : 

« Je ne perds jamais. Sois je gagne, sois j’apprends. » 

Nelson Mandela

Mon ouverture d’esprit concernant le changement perpétuel que nous vivons et vivrons (le changement en éducation est la seule chose qui ne changera pas dans les prochaines années) a été possible grâce à quelques inspirations très actuelles encore aujourd’hui:

Qui a piqué mon fromage 

C’est une fable qui nous permet de nous projeter dans un univers de changement. Certains apprécient le changement, d’autres y résistent, comme les personnages de cette histoire. Nous l’avons même exploité dans la transformation de certaines écoles que nous avons accompagnées.

Le Saviez-vous (Did you know – Shift Happens) 

, 13 ans après la sortie de la version originale,On utilise plusieurs expressions encore aujourd’hui issues de cette présentation choc qui a été visionnée des millions de fois et qui a encore des adaptations régulières. Elle m’a inspiré à ne plus faire les choses comme avant et à tenter de mettre les jeunes en action.

 https://youtu.be/pMcfrLYDm2

Sir Ken robinson 

Cet éducateur, chercheur, auteur, conférencier qui a été rendu populaire par sa conférence TED (la plus visionnée à ce jour) où il mentionne que l’école a sans doute tué la créativité. Ces propos qui peuvent choquer ou éveiller ne laissent personne indifférent. Je crois qu’à bien des égards, il a raison. J’ai aussi beaucoup apprécié son livre l’Élément qui nous transporte dans notre quête de l’élément qui devrait guider notre vie. Nous devrions tous avoir la chance de le trouver. Les écoles devraient aussi y contribuer. 

Par quels moyens ou réalisations tentez-vous d’inspirer les gens à voir l’Éducation autrement?  

Aujourd’hui, je sillonne les écoles d’ici et d’ailleurs avec le privilège de faire réfléchir les enseignants sur leurs pratiques pédagogiques. Je les aide à trouver des portes d’entrée afin de leur permettre d’insérer une posture plus « entrepreneuriale » dans le cadre de leurs cours. De cette façon, tout le potentiel des jeunes de leurs classes pourra être davantage mis en valeur. Des exemples, du réseautage et du partage de bonnes pratiques sont aussi des approches que je préconise.

Chez Idée éducation entrepreneuriale, nous désirons accompagner le réseau scolaire dans la mise en place de pratiques pédagogiques et éducatives novatrices afin d’éveiller le plein potentiel des jeunes en leur permettant de développer leur profil de sortie (voir image ci-dessous).

Puisque notre modèle est celui de l’école COMMUNAUTAIRE entrepreneuriale consciente, nous cherchons à permettre aux jeunes d’être au service de leur communauté et d’un monde meilleur. L’approche pédagogique en entrepreneuriat conscient répond très bien à cette attente.

Notre écosystème cherche également à soutenir et à alimenter les relations avec la communauté afin que tous travaillent pour l’éducation des jeunes de nos écoles.

Les écoles intéressées à recevoir davantage d’information sur nos services d’accompagnement peuvent nous contacter à info@idee.education.

Pour en connaître davantage sur l’approche communautaire entrepreneuriale

Idée éducation entrepreneuriale : www.idee.education  

Réseau international OIECEC : www.oiecec.org  

À propos de l'auteur

Julie R-Bordeleau

Apprenante à vie, je suis une ex-enseignante, maman à la maison de 4 garçons et pigiste en éducation. Ma passion: apprendre de tout, de toutes les façons que ce soit individuellement ou en famille!

Via Apprendre, j'aide les enseignants et les éducateurs à découvrir les milles et une façons et ressources qui favorisent les apprentissages.

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