Aujourd’hui, j’ai la chance de présente un diamant brut de découverte. C’est sur LinkedIn que j’ai croisé le profil de Mme Fouquet. Sa pensée hors norme, bienveillante et les idées qu’elle présente dans son blogue m’inspirent énormément. Qui plus est, étant chercheure, elle est en mesure de fournir les données empiriques pour soutenir ses propos! Sans plus tarder, voici la plume de Céline Fouquet.

Qui êtes-vous? Quel est votre parcours? Quelles sont vos occupations du moment?

Je suis docteure en neurosciences, passionnée par la recherche scientifique, aujourd’hui conférencière, consultante et formatrice.

Mon parcours est le fruit d’une convergence entre ma passion pour les sciences, mon envie (ou mon besoin) de préparer mes enfants aux défis écologiques et humains de demain et de formidables rencontres avec des enseignants ou des chercheurs innovants et visionnaires.

J’ai fait de la recherche à Montréal pendant 6 ans, et mon objet d’étude était la mémoire et le vieillissement, sujets que j’avais étudiés pendant mon doctorat et mon post-doctorat en France. Dans le cadre de différents projets de prévention de la Maladie d’Alzheimer, j’ai aidé à développer des ateliers expliquant le fonctionnement du cerveau et soulignant l’importance de la plasticité cérébrale tout au long de notre vie. Je me suis rendu compte, que la majorité d’entre nous, quel que soit notre âge, ne savait que très peu de choses sur notre cerveau, qui est pourtant au centre de tous nos comportements. Cette lacune m’est apparue de manière encore plus évidente quand je suis devenue maman. Je me suis interrogée sur le type d’éducation que j’aimerais offrir à ma fille. Le fossé entre ce que je connaissais du fonctionnement du cerveau et la manière dont l’école « enseigne » aux enfants m’est apparu d’un coup.

Je me suis dit que je devais absolument faire ma part pour réduire ce fossé.  Je me suis engagée dans un premier objectif : informer de manière simple et ludique les enfants, les parents et les enseignants sur le fonctionnement du cerveau, la façon dont il apprend, sur l’attention, et ce que l’on appelle « la métacognition ». Mon but est de donner les outils à chacun de devenir des « apprenants autonomes et épanouis ».

Parallèlement, à titre plus personnel et familial mon conjoint et moi avons commencé une réflexion sur la façon dont on pouvait participer à la transition vers une société plus écoresponsable, durable et résiliente. Il s’agit d’un enjeu majeur pour nous qui détermine la majorité de nos choix sur tous les plans. Je me suis rendu compte que la clé était dans l’éducation. C’est ainsi que j’ai trouvé ma mission de vie : repenser l’école et plus généralement soutenir la transition éducative, toutes ces petites (ou grandes) actions menées par les gens qui veulent « éduquer autrement »; pour aller vers une société plus collaborative et solidaire.

J’accompagne maintenant les acteurs du monde de l’éducation – parents, éducateurs, enseignants, orthopédagogues, etc – qui souhaitent repenser l’éducation en leur offrant un accompagnement scientifique et humaniste.

Parlons Éducation. Quelle est votre vision de l’éducation présentement?

Pour moi, l’éducation nous concerne tous, petits ou grands. Les générations actuelles et futures seront amenées à apprendre tout au long de leur vie pour changer de métier, développer de nouvelles compétences ou tout simplement pour s’adapter aux changements rapides de la société. Je crois à la société apprenante où le savoir se partage et se co-construit tout au long de la vie.

Je rêve d’une éducation qui permette aux enfants de se préparer aux défis écologiques, technologiques et économiques de demain. L’école devrait permettre de rendre les enfants plus autonomes, capables d’être créatifs pour faire face aux défis de la société, d’apprendre tout au long de leur vie, de collaborer, d’inventer de nouvelles solutions….

Ainsi les compétences primordiales pour moi sont 1) la collaboration, 2) la créativité, 3) l’esprit critique, 4) la résolution de problème, 5) l’éco-citoyenneté, 6) apprendre à apprendre. On pourrait en citer bien d’autres….

Pour cela, je souhaite mettre l’enfant au cœur des préoccupations de l’école. Je rêve d’une école qui permettrait aux enfants d’avancer à leur rythme, en mélangeant les âges. Une école qui favoriserait la collaboration en leur apprenant à coopérer dès le plus jeune âge. D’ailleurs la collaboration se ferait à tous les niveaux : avec les enseignants, la direction, les parents etc. Pour cela, on utiliserait différentes méthodes de communication visant à favoriser l’intelligence collective : communication non violente, gouvernance partagée, tours de paroles, etc…

Ce serait une école ouverte sur le monde et la communauté, qui encourage les enfants à explorer leur environnement et à découvrir leurs talents. Une école qui « apprend à apprendre » notamment en expliquant aux enfants que l’erreur est à la base des apprentissages. Je rêve donc d’une école qui considère (et croit sincèrement) que chaque apprenant est capable de réussir, qui va donc tous les accompagner, coute que coute, selon leurs besoins. Pour cela, les enseignants auraient le soutien d’un réseau d’enseignants, de chercheurs et de divers intervenants innovants et motivés. Les enseignants ne seraient plus « mal pris » avec un élève difficile mais pourraient, grâce à ce réseau, étudier précisément la situation et tenter de trouver, collectivement, des solutions innovantes qui profiteraient à tous.

Je pense que la création de cette école de rêve passe nécessairement par une réflexion collective impliquant parents, enseignants, chercheurs et enfants.  On pourrait ainsi co-créer de nouvelles méthodes éducatives, de nouvelles façons d’apprendre et d’enseigner s’inspirant de ce qui se fait mieux dans le monde ou de pratiques soutenues par des preuves scientifiques.

Ce modèle pourrait ainsi s’inspirer de la pédagogie Montessori qui, par son matériel concret et auto-correctif permet aux enfants de suivre leurs intérêts à leur rythme et de développer leur autonomie. On pourrait y ajouter différents éléments issus de la pédagogie Freinet tels que la posture de guide de l’enseignant qui adapte son « cours » à partir des intérêts des enfants, la gestion collaborative de la classe, le quoi de neuf, la création d’un journal sous forme de blog, des moments d’apprentissage par résolution de problèmes concrets et de nombreuses balades dans la nature ou la communauté. Tel que proposé par Vygotsky, on y valoriserait le jeu en tant qu’agent de développement de la communication, des fonctions exécutives, de la métacognition etc. Dans cette école, on se donnerait le droit à l’erreur, le droit d’expérimenter et de s’adapter aux changements.

Comment êtes-vous venue à développer cette vision?

Je dirait que ma vision actuelle s’est développée en 3 phases et va certainement continuer d’évoluer.

Ayant été une élève très studieuse, je ne m’étais pas posée beaucoup de questions sur le système éducatif jusqu’à ce que je devienne maman, en 2012. J’ai alors pris conscience de l’importance de ce que l’on transmet à nos enfants pour construire la société à venir. J’ai commencé à me poser des questions sur l’éducation que je voulais donner à mes enfants. Mes connaissances sur la façon dont le cerveau apprend et l’importance de l’engagement actif me faisaient déjà dire que le système scolaire traditionnel n’était pas optimal. C’est en entendant parler de différentes pédagogies alternatives que ma vision de l’éducation s’est enrichie. Je suis tombée presque par hasard sur un entretien de Ramin Farhangi, fondateur de l’École Dynamique (Première école démocratique ouverte à Paris en 2015) qui venait tout juste d’ouvrir. C’était la première fois que j’entendais parler d’écoles démocratiques. J’ai vu le film « Être et devenir » ainsi que le film « Demain » qui m’ont fait me poser beaucoup de questions. J’ai participé au Salon de L’écologie de l’enfance en septembre 2016. J’ai eu la chance de pouvoir écouter André et Arno Stern, Peter Gray et de rencontrer Sophie Rabhi et plein d’autres personnes très inspirantes.

Toutes ces expériences ont littéralement changé ma vision de l’éducation. Je me suis rendu compte que l’on n’était pas obligés de continuer encore 100 ans de la même façon, qu’il serait bon de se poser des questions sur le système que l’on souhaite pour nos enfants tant d’un point de vue personnel que d’un point de vue sociétal. J’ai donc étudié les différentes méthodes d’éducation alternative. Je me suis beaucoup documenté sur les écoles démocratiques et l’apprentissage auto-dirigé. J’ai fait un stage à la « Ferme des Enfants », en France, l’école fondée par Sophie Rabhi, devenue récemment une école démocratique.

J’ai pu voir de manière très concrète le fonctionnement d’une école démocratique, au cœur de la nature, dans un endroit féérique, plongé dans une bienveillance incroyable.

J’ai été éveillée à la violence éducative ordinaire, à l’écoute active, la sociocratie, une sorte de gouvernance partagée qui permet de prendre des décisions en évitant les frustrations et d’avancer grâce à l’intelligence collective. Ce fut une expérience extraordinaire. Bref, je me suis plongée dans le monde de l’éducation autrement et je me suis sentie très emballée par tout ce que je j’apprenais. J’ai raconté tout ça dans un blog, uneeducationaubonheur.com.

Dans une seconde phase, je me suis davantage intéressée à ce que disaient les sciences de tout ceci. Quelles sont les pratiques pédagogiques validées par les études scientifiques, quels sont les piliers de l’apprentissage qui permettent d’apprendre « efficacement ». Stanislas Dehaene, Olivier Houdé, André Tricot, Elena Pasquinelli m’ont beaucoup inspirée. Je me suis rendu compte que beaucoup des idées défendues dans les écoles démocratiques (importance de la motivation interne, de la curiosité, de l’engagement actif) étaient soutenues par la recherche même si d’autres étaient plutôt contredites (apprentissages par la découverte pure). Ayant peu de gout pour les positions dogmatiques, je me suis donc intéressée aux nuances qui existent entre le système éducatif classique, si magistral et hiérarchisé et le système démocratique pur qui laisse l’enfant poursuivre ses propres apprentissages sans lui offrir de chemin ou de guide. Dans ce gradient, il existe de nombreuses pédagogies issues de l’éducation nouvelle (Montessori, Freinet Vigotsky) qui ont toutes des choses à apporter. La position de Céline Alvarez est d’ailleurs particulièrement intéressante.

Je me suis aussi intéressée aux écoles apprenantes (ou Lab Schools) développées par John Dewey il y a plus d’un siècle. Il s’agit d’écoles mêlant recherche scientifique, formation et innovation pédagogique. Ce sont des lieux pour co-créer de nouvelles façons d’apprendre, dans lesquelles chercheurs et enseignants collaborent étroitement pour assurer la réussite éducative des enfants tout en valorisant le savoir-être, le vivre ensemble, l’autonomie, la confiance en soi, etc. J’ai été très inspirée par la Lab School Paris qui a ouvert en septembre 2017.

J’ai ainsi développé ma vision idéale de l’éducation à partir de tout cela. Une éducation basée sur les preuves mais ouverte aux innovations, qui place l’intérêt de l’enfant au cœur de ses préoccupations.

La troisième phase de réflexion est venue plus récemment, dans les derniers mois. Elle vient d’une prise de conscience brutale des changements que l’on vit actuellement et de l’urgence climatique. Elle ancre mes rêves d’éducation bienveillante dans la réalité du monde de demain. Je me documente beaucoup sur les différents modèles scientifiques qui font une analyse systémique de notre monde, qui s’intéressent aux effets combinés de différents facteurs : ressources en eau, nourriture, énergies fossiles, la température terrestre, des océans, niveau de l’eau, etc. Et je rêve donc que l’éducation participe activement à construire la société qui sera s’adaptée aux changements qui vont inévitablement arriver. Pour cela, la notion de collaboration et d’entraide me semble essentielle. Plus que jamais, l’esprit critique, la philosophie, l’ouverture à l’autre et à la planète me semblent être des éléments importants qui, je l’espère permettront aux enfants de faire les bons choix. Ainsi ma vision de l’éducation s’est teintée d’un sens de responsabilité écologique qui guide chacun de mes choix.

Par quels moyens ou réalisations tentez-vous d’inspirer les gens à voir l’Éducation autrement?

Initialement, mon principal moyen d’expression était mon blog uneeducationaubonheur.com qui traite notamment des pédagogies alternatives. Il s’agit d’un blog qui mélange articles de vulgarisation scientifique, entretiens et témoignages personnels sur diverses expériences ou prises de conscience.

J’offre également des conférences sur différents sujets en lien avec ma vision de l’éducation : l’apport des neurosciences sur l’éducation, comment on peut apprendre à apprendre, les différentes pédagogies alternatives, ou la transition éducative vers une société plus écoresponsable. Je prépare également une conférence sur la gouvernance partagée et l’intelligence collective.

Tous ces sujets seront approfondis dans une formation que j’offrirai au printemps sur « apprendre à apprendre » ou comment les sciences peuvent nous aider à co-créer de nouvelles pratiques pédagogiques, plus respectueuses des lois naturelles de l’apprentissage. Ces formations se veulent être des expériences de collaboration et d’expérimentation permettant de résoudre les problèmes concrets soulevés par les participants.

Parallèlement je souhaite de tout cœur voir se développer des projets pédagogiques innovants partout au Québec et j’accompagne pour cela les porteurs de projet en leur offrant :

  • des conseils scientifiques pour éclairer leurs choix pédagogiques par la recherche
  • des conseils pour développer l’innovation collaborative : comment avancer à plusieurs, comment faire naitre sereinement l’intelligence collective, comment utiliser la gouvernance partagée pour rendre les gens davantage responsables de leur choix et de leurs actions.

Enfin, pour rendre plus concrètes et tester toutes ces belles idées, je développe, à petits pas, un projet d’école apprenante en Estrie. Il s’agira d’une école écoresponsable mêlant recherche, enseignement innovant et formation avec pour objectif de garantir l’épanouissement des citoyens de demain. J’en dirai plus sur le projet dans le courant de l’année 2019.

 

Visitez le blogue de Mme Fouquet : uneeducationaubonheur.com

Pour en apprendre davantage sur l’accompagnement, les formations ou les évènements à venir: www.antecosa.com .

Évènements à retenir :

  1. Table ronde sur les « Écoles apprenantes et innovantes » à Montréal, le 4 mai 2019. Ce sera l’occasion de discuter des compétences du 21ème siècle, de l’école de de demain et de ce que l’on peut faire pour accélérer le changement. Parmi les intervenants, il y aura Pascale Haag fondatrice de la Lab School Paris et Ugo Cavanaghi de l’École Saint-Anne. Cela se passera au Musées des Beaux-Arts de Montréal. L’entrée sera gratuite et ouverte à tout public. La table ronde sera suivie en après-midi d’un atelier pour les porteurs de projets. Que ce soit pour repenser le projet éducatif d’une école existante ou pour créer une nouvelle école (publique ou privée), on discutera des différentes étapes à suivre et des défis de l’intelligence collective et du travail de co-création. Pré-inscription pour ces 2 évènements à celinefouquet@antecosa.com
  2. Présentation intitulée Les neurosciences peuvent-elles aider à repenser l’école ? lors de la conférence Éduquer autrement du REDAQ, AQED, ADEESE à l’UQAM le 26 janvier 2019. J’y organise des Braindates pour ceux qui veulent discuter de tout cela.
  3. Conférence sur « Neurosciences et innovation pédagogique » lors du Salon de l’apprentissage qui aura lieu à la Place Bonaventure de Montréal en mars 2019.

À propos de l'auteur

Julie R-Bordeleau

Apprenante à vie, je suis une ex-enseignante, maman à la maison de 4 garçons et pigiste en éducation. Ma passion: apprendre de tout, de toutes les façons que ce soit individuellement ou en famille!

Via Apprendre, j'aide les enseignants et les éducateurs à découvrir les milles et une façons et ressources qui favorisent les apprentissages.

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